Un jugement argentin ordonne la restitution, par un privé, d’un bien spolié

Par Dominique Remy Granger

En 2025, un journaliste néerlandais a reconnu sur la photographie publiée par une annonce immobilière pour la vente d’une maison de Mar del Plata, à 400km au Sud de Buenos Aires, le « Portrait de dame » peint par Giacomo Ceruti, tableau dont il recherchait la trace. Le tableau était accroché dans le salon de Patricia Kadgien, fille de Friedrich Kadgien, ancien responsable nazi et conseiller financier de Hermann Göring.

Jacques Goudstikker, le collectionneur d’art hollandais auquel ce tableau appartenait, est contraint de fuir à la suite de l’invasion allemande et meurt en mai 1940 d’une chute dans la cale du bateau de l’exil.

Le 13 juillet 1940, deux transactions, auxquelles s’est opposée Desi von Halban, la veuve de Goudstikker, sont conclues. L’une d’elle permet à Göring, pour 2 millions de florins, d’acquérir les droits sur les œuvres appartenant à Goudstikker qui se trouvent encore aux Pays-Bas.

Sur les 1200 œuvres spoliées, 300 ont été retrouvées et restituées à la famille mais seulement en 2006, dix ans après la mort de Desi Goudstikker. Une grande partie a été revendue dès 2007 pour couvrir les frais de justice encourus depuis 1945.

Ce portrait de dame figurait dans l’inventaire de Goudstikker comme attribué à Giuseppe Ghislandi, dit Fra Galgario. Les recherches ultérieures ont montré qu’il s’agissait en réalité d’une œuvre de Giacomo Ceruti. Cette erreur d’attribution est importante : elle explique en partie pourquoi le tableau a été difficile à suivre après-guerre.

Après une première perquisition de la maison de Mar el Plata, en 2025, le tableau disparait mais est rapporté par l’avocat de P. Kadgien et il est saisi par la Justice. Le jugement du 4 septembre 2026 ordonne la restitution de ce tableau à Marei von Saher, belle-fille et unique héritière de son propriétaire. Il condamne Patricia Kadgien pour recel et dissimulation d’une œuvre spoliée, ordonne de verser une donation de 4,8 millions de pesos (environ 2.200 euros) à des hôpitaux locaux et de renoncer à toute action civile ou pénale concernant le tableau, y compris leur action déclaratoire et leur action de prescription acquisitive contre Marei von Saher.

Une œuvre spoliée en 1940 peut être retrouvée en Argentine plus de 80 ans après et être effectivement remise aux héritiers du propriétaire spolié, sans que le temps écoulé empêche ici la restitution. Elle devrait être exposée pendant un an au Musee de l’Holocauste à Buenos Aires.

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