Mis en vente deux fois depuis sa spoliation, sans recherche en provenance approfondie, un Modigliani pourrait être restitué grâce aux Panama Papers 

Le 3 avril 2026 la justice américaine ordonne la restitution à un Français d’un Modigliani peint en 1918, L’homme à la canne, représentant Georges Menier, industriel de la chocolaterie, mort en 1933, ancien maire de Lognes (Seine-et-Marne) et compositeur d’opérettes à ses heures perdues. Amedeo Modigliani était proche de ce personnage dont d’ailleurs il peindra aussi la femme, Simone, en 1919.

Ce tableau avait été acquis dans les années trente par Oscar Stettiner, un marchand d’art britannique juif établi à Paris où il possède une grande galerie d’antiquités et d’art, avenue Matignon. Âgé d’une soixantaine d’années, il doit fuir Paris en 1940 et rejoint la Dordogne – dans la maison familiale où réside aujourd’hui son petit-fils et unique héritier, ancien agriculteur âgé de 80 ans. Oscar sera finalement interné, en 1943. Tandis qu’il est derrière les barreaux, le contenu de sa galerie est vidé par les Allemands, puis vendu aux enchères le 3 juillet 1944, à Drouot. Avec d’autres œuvres, le Modigliani est acheté pour 16 000 francs par John Van der Klip. Détenu dans le Périgord, Oscar Stettiner échappe à la déportation, revient à Paris en 1945 et introduit une demande en restitution. En 1946, le tribunal du département de la Seine lui donne raison, déclarant nulle la vente de Drouot. Mais John Van der Klip argue ne plus l’avoir en sa possession. Deux ans plus tard, Oscar Stettiner meurt, à l’âge de 70 ans, sans avoir jamais revu son tableau.

En 1996, 50 ans après le jugement du tribunal parisien, Christie’s, à Londres, met en vente la succession Van der Klip, dont fait bien partie L’homme a la canne qui est acheté par un collectionneur libanais, David Nahmad.

En 2008, lorsque la collection Nahmad tente de remettre le Modigliani en vente, chez Sotheby’s cette fois-ci, la maison de vente se pose des questions sur les lacunes de la fiche en provenance. S’ensuit 17 ans de contentieux dans lequel le collectionneur, immense, prétend tour à tour avoir fait confiance à Christie’s au point d’avoir prêté son Modigliani au très sourcilleux Jewish museum de New York en 2004, puis déclare ne plus être propriétaire de ce tableau. Il faudra la publication des Panama’spaper, 2016, pour démonter cet ultime argument et prouver qu’il en est bien seul et unique propriétaire par le truchement d’une holding, International Art Center, société écran basée au Panama.

Les juges de New York saisissent alors le tableau dans l’entrepôt du port franc de Geneve où David Nahmad entasse 3000 œuvres d’art et ordonnent sa restitution. Il semblerait cependant que cette décision de justice soit contestée. Son propriétaire actuel arguerait dorénavant que le tableau qui aurait appartenu à Oscar Stettiner était en réalité un autoportrait de plus petite taille et que par conséquent les avocats de son héritier ont fait une méprise en pensant qu’il s’agissait de L’homme à la canne proposé à la vente par Sotheby’s. Affaire de provenance à suivre.

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