Un exemple récent de la résistance des musées : Portrait de l’évêque Antoine Triest de Gaspar De Crayer

Le Musée des beaux-arts (MSKG) et la ville de Gand, ont confirmé leur refus de restituer le Portrait de l’évêque Antoine Triest, du peintre Gaspar De Crayer (1584-1669), ayant appartenu à Samuel Hartveld, parti en exil en avril 1940 à New York où il s’établit comme marchand d’art.

La Belgique ne disposant pas d’organe central chargé d’analyser les demandes en restitution c’est une commission nommée en novembre 2024 et composée de trois experts belges désignés par le musée et la municipalité de Gand qui a conclu par ce refus, étayé par un rapport dont les conclusions ont été suivies par la municipalité et officialisées par un communiqué du musée en date du  20 novembre 2025.

Le rapport de 50 pages, publié en néerlandais et en anglais, reconnait la spoliation mais relève qu’aucune réclamation concernant les tableaux n’a été déposée après-guerre devant aucune des instances pertinentes belges ou allemandes, estime en outre qu’en ce qui concerne ce tableau précis, son propriétaire et donc ses descendants, en ont été indemnisés ; que dès lors la restitution n’a pas lieu d’être et la réparation ne saurait être que « morale ».

Les membres de la commission ont en effet unanimement admis que Portrait de l’évêque Antoine Triest faisait partie de la collection de Samuel Hartveld, spoliée dés 1941 ; que l’ensemble des 66 tableaux de la collection avait été acheté par René Van de Broek en 1942, sous occupation allemande, et que ce dernier avait revendu le portrait d’Antoine Triest, par ailleurs évêque de Gand jusqu’à sa mort, après-guerre, en 1948, au musée municipal de Gand.

Mais ils réduisent la portée de la proximité de René Van de Broek avec l’occupant, surtout ils cherchent à démontrer que le retour d’exil de Samuel Hartveld et de sa femme à Anvers dès 1945 s’est soldé par une proximité voire une association commerciale avec Van de Broek, en particulier en lui signant un bail, qui n’est pas retrouvé donc pas produit, l’autorisant à occuper la galerie et utiliser la même adresse de marchands d’art. Que par conséquent la vente de ce portrait au musée n’a pas pu se faire sans la nécessaire connaissance de Samuel Hartveld, décédé à Londres en septembre 1949. Ils en déduisent qu’il en aurait approuvé le principe et en aurait été nécessairement indemnisé en vertu d’un arrangement privé entre eux.

Ce sont les petits enfants qui poursuivent sous couvert du Sonia Klein Trust (du nom de la fille de Samuel), depuis la publication en 2023 du livre du journaliste flamand Geert Sels, Le Trésor de guerre des nazis. Enquête sur le pillage d’art en Belgique (Racine).  Ils réclamaient trois tableaux. Les deux autres ont été restitués, l’un par la Tate Galery et l’autre par un collectionneur viennois. A ce stade on ne sait pas si un recours contre cette décision municipale a été intenté contre le refus de restitution de Gand.

Gaspar de Crayer, Portrait de l’Evêque Antoine Triest, na 1630
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